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  • La direction

La vie dans les écoles

Mais qu’est-ce qui pourrit la vie au sein des écoles et dérange les apprentissages depuis quelques années ? Depuis quelques années, les conflits entre parents et école se multiplient, à tel point que certains parents en viennent aux mains. Ces conflits sous-jacents pourrissent la vie de l’école, entament très durement le moral des équipes pédagogiques et perturbent également les enfants. Après diverses lectures ( « Entre rondes familles et écoles carrées », « La violence », « Entre-prendre la violence à l’école ») et diverses conférences/ formations (Humbeeck*, Debarbieux **, Parents Conscients, L’autorité au quotidien, les violences symboliques, le jeu des 3 figures, BALE...), réunions avec le PMS, rencontres avec des parents mécontents, j’ai pris le temps d’analyser la situation à Aurore. Les parents « drones »(1) et leurs dérives Nous avons souvent à faire à des parents surprotecteurs, « des drones », selon M. Humbeek, qui tentent de surveiller la vie de leur enfant à tous moments. Ces mêmes parents envisageraient de mettre leur progéniture sous cloche s’ils le pouvaient : rien ne doit leur arriver (blessure, dispute avec copain, remarque d’adulte, sanction...). Ils veulent le bonheur absolu pour leur enfant, envers et contre tout, au détriment des autres si nécessaire et, au détriment des autres sentiments. Selon eux, ils ne doivent vivre que des émotions positives. « La Guerre des boutons » ne fait pas partie de leurs références. En conséquence, lorsque l’enfant rentre à la maison en racontant une mésaventure, la décision du prof est remise en question, l’autre enfant est considéré « coupable », la direction est accusée de ne rien faire. Et, au mieux, le lendemain, nous découvrons un « mot doux » dans le journal de classe, voire un parent sans rdv devant le bureau, ou un courrier adressé au Collège des Bourgmestre et Echevins. Les règles sont faites « pour les autres ». (*) Bruno HUMBEECK

Docteur en psychopédagogie Pédagogie familiale et scolaire Spécialistes dans la gestion des situations de déséquilibre ou de rupture familiale, scolaire ou professionnelle et la mobilisation des processus de résilience qui y sont associés. (** ) sociologue de l'éducation, professeur à l’université Paris Est Créteil ; Docteur en philosophie, président de l'Observatoire international de la violence à l'Ecole. (1)parents drones : terme emprunté à M. Humbeeck Les parents « drones » et les enfants assistés Cette attitude des parents « drones », empêche les enfants de grandir ; ces parents en font des « assistés » qui ne connaissent plus les limites, ni leurs propres limites, qui ne respectent plus les règles (horaire de l’école, départ en vacances hors congés,...), qui ne sont plus autonomes et qui ne peuvent doncgérer seuls des conflits. Au moindre « bobo », ces enfants viennent pleurer pour que l’on appelle leurs parents, pour rentrer à la maison ou pour recevoir un antidouleur. Même ce signe d’alerte de leur corps n’est plus acceptable. Les parents « drones » et les violences scolaires Ces mêmes parents, considèrent que la moindre altercation en cour de récré est une forme de harcèlement. L’utilisation de ce terme est, à l’heure actuelle, galvaudée par les parents mais également par les médias et les membres de certains PMS. Non, à mon sens, il n’y a pas davantage de harcèlement dans les cours d’école (Au siècle dernier, certains lycées français étaient pourvus de cachots !!!) mais, les enfants-assistés ne sont plus en mesure de s’affirmer face à des antagonistes. Ils ont un besoin permanent de l’adulte pour les sauver, de préférence leurs parents qui leur donneront raison même s’ils ne disposent pas des infos nécessaires pour émettre un jugement. Ce n’est pas parce que les parents « drones », absents de l’enceinte scolaire, disent que leur enfant est harcelé que tel est le cas. Pour pouvoir affirmer qu’il y a harcèlement, il faut observer les moments de jeux en tenant compte de la grille de Eric Debarbieux.

Lors des moments de jeux non cadrés, certains enfants aiment « titiller » les autres pour attirer l’attention, pour essayer de s’insérer dans un groupe. Ils papillonnent d’un groupe à l’autre. Des enfants s’en plaignent. Ils ont un comportement « embêtant », à recadrer, mais pas « harcelant ». M. Humbeek et sa méthode, peuvent rendre les observations plus aisées et faire diminuer considérablement les moments de tensions en créant des espaces de jeux très cadrés. Permettre de libérer la parole lors de conseils de classe institutionnalisés est indispensable (fréquence : 1x/sem en P5P6 ; 2x/sem en P3P4 et chaque jour chez les + jeunes). Les parents « drones » et l’enfant victime Lorsqu’il y a conflit entre enfants, les membres du PMS peuvent les écouter. Mais même un enfant en difficulté émotionnelle peut ne pas être victime de harcèlement. Car, malheureusement pour les équipes pédagogiques, les psy travaillent sur le ressenti des enfants et pas sur les faits objectivables, contrairement aux enseignants et à la direction. De ce fait, nous nous retrouvons souvent en porte à faux, avec tout ce que cela engendre comme tensions supplémentaires entre école et parents. La « vérité individuelle » n’est pas nécessairement la « vérité objective ». Les enfants-victimes n’ont, souvent, pas intégré les mécanismes qui permettent de s’affirmer sans violence face à des antagonistes ; nous devons les y aider à l’école mais les parents ont également leur rôle à jouer dans le cadre familial. Certains sports peuvent aider à gagner de la confiance en soi et à s’affirmer avec bienveillance (judo, escrime, karaté...) ; d’autres moins (foot). Lorsque l’équipe pédagogique relève des comportements inadaptés récurrents (ex : enfant harceleur) à l’école et que ses parents « drones » sont avertis, ils se sentent immédiatement mis en position d’accusés. Ils n’auront de cesse de défendre bec et ongles la prunelle de leurs yeux en retournant la situation : « Simon enfant agit de la sorte c’est parce que lui-même est systématiquement ennuyé. » J’en ai connus qui ont fait appel au service d’aide aux victimes parce qu’ils ne pouvaient concevoir que leur enfant soit coupable de racket (fait reconnu par l’enfant). Au quotidien, les parents des enfants –harceleurs, ne sont pas inquiets pour leur progéniture ; les petits savent se défendre en actes et paroles et, ont autour d’eux quantité d’ « amis », bref ils sont » populaires »

comme disent les jeunes. Comment expliquer qu’ils soient « populaires » alors que leurs actions vont à l’encontre des règles de respect et d’éducation de la grande majorité des familles ? Parce qu’en étant « ami » avec un harceleur, on a moins de risque de se faire harceler : « Sois proche de tes amis et encore plus de tes ennemis ». Les parents « drones » et l’aveuglement La confiance de ces parents en l’école s’amenuise ; là où l’enquête de terrain des enseignants et de la direction suffisait, à l’heure actuelle une enquête très approfondie du PMS ou de l’équipe Mobile de la Féd W-BXL est parfois nécessaire, et leurs conclusions ne sont pas toujours acceptées. Ces parents sont aveuglés et vont jusqu’à prétendre que « leur enfant ne ment jamais » ! Bref, les enseignants mentent, la direction ment mais leur enfant....impossible ! L’époque où l’enseignant et le directeur étaient considérés comme les notables est révolue. Tout le monde détient des savoirs à l’heure d’internet. Redorer le blason de la profession passera, je pense, par une révision de la formation des enseignants, davantage de professionnalisme et....... dans un monde où l’argent est roi, un salaire à la hauteur des enjeux qui se joue dès les maternelles. (cfr conférence de Yasmina Khadra). Les parents « drones » et la technologie Les parents « drones », ravis de pouvoir les surveiller davantage, leur offrent dès 10 ans un GSM, de préférence « Smartphone » voire « IPhone » dont ils n’ont pas besoin. Ils n’envisagent pas qu’ils créent des problèmes aux enfants et à l’école. Que font-ils de ce cadeau empoisonné ? Ils surfent sur internet cachés dans les toilettes, ils photographient les copains dans les vestiaires, les profs au bord de la piscine et postent les photos, ils exportent les problèmes de l’école à la maison....et augmentent le risque de harcèlement pouvant mener au suicide. Et, si par malheur leur enfant oublie de leur envoyer un message pour dire qu’il est bien arrivé à l’école, c’est le secrétariat de l’école qui est harcelé et menacé si la secrétaire ne trouve pas le temps de descendre immédiatement vérifier la présence de l’enfant en classe ! Il est vrai que c’est peu de chose lorsque l’école

ne compte que 400 élèves en primaire et le même nombre de parents « drones » ! Ces parents, voulant être aimés par leur enfant, satisfont n’importe quelle demande et en oublient les règles de prudence. Si les réseaux sociaux recommandent un accès à partir de 13 ans, il n’est pas rare d’y voir des enfants de 8 ans. Et, lorsque rien ne va plus, parce que leur enfant a été victime de harcèlement, menacé par un autre enfant....alors, ils se tournent vers l’école pour les aider à mettre fin à une situation inacceptable ! Mais, qui a créé le problème ? Les parents »drones » et le « NON » Anecdote vécue : A la sortie de mon école se trouve garée, presque chaque jour, une camionnette vendant glaces et gaufres. Un parent surgit dans mon bureau : « Madame la directrice, vous devez faire quelque chose par rapport au marchand de glace ! ». « Que se passe-t-il ? ». « Cela ne va pas, mon enfant veut une glace chaque jour ; il faut demander au marchand d’aller ailleurs ! ». Là où le bon sens voudrait que le parent réponde à une demande par un simple « non », pour ne pas déplaire à son enfant, ces parents évitent la confrontation mais....créent d’autres dérives : des enfants qui n’acceptent plus les frustrations. A l’heure actuelle, il n’est pas rare que certains enfants tentent de s’enfuir de l’école lorsqu’ils sont confrontés à un refus d’un prof. Comment éviter/limiter les formes de violence au sein des écoles ? 1)Entre enfants Développer l’empathie dès le plus jeune âge, permet également d’éviter les conflits de manière proactive. Plusieurs voies sont possibles pour atteindre ce but au sein de l’école et l’une n’exclut pas l’autre : le jeu des 3 figures, la zoothérapie... Limiter l’usage des écrans à la maison et favoriser les contacts sociaux divers (clubs de sport, scouts....) permet d’ouvrir sur le monde le regard des adultes en devenir. Leur accorder les mêmes privilèges qu’aux adultes ne leur permet pas de grandir car, dès lors qu’ils sont déjà considérés comme de petits adultes, aucun jalon n’est mis en place tout au long de leur parcours pour leur permettre d’évoluer.

Il est évident que la méconnaissance de la langue de l’enseignement, ou une mauvaise connaissance de celle-ci, fait la part belle à l’usage des poings, pieds, dents en fonction de l’âge. Et, en 30 ans, en tant que prof de langues germaniques, j’ai été particulièrement attentive à une régression de langage chez des enfants dont la langue maternelle n’est pas le français. A l’époque où chaque môme regardait LE petit dessin animé du soir en français (Bonne nuit, les petits !) sur la seule chaîne francophone du pays, la technologie permet aujourd’hui de regarder quasiment n’importe quelle émission pour enfants, à tous moments, dans n’importe quelle langue. Et cela, au détriment de la langue de l’enseignement qui s’appauvrit lamentablement, mais également au détriment des contacts sociaux car les enfants n’ont plus de référence commune, ou nettement moins. 2) entre parents et école Bien souvent ce sont les conflits avec les enfants qui amènent les conflits avec les parents. Informer les parents lors d’une réunion commune, du fonctionnement de l’école en cas de violence scolaire, leur présenter l’équipe PMS. Leur présenter tout ce qui a déjà été fait au sein de l’école pour éviter que ne s’installent des violences ( cours séparées, conseils de classes, conseils des enfants, fiche deréflexion....), les formations suivies par les intervenants de l’équipe (Jeux des 3 figures de Serge Tisseron, ateliers de zoothérapie dans le cadre du DAS...) Insister sur le fait que nous ne sommes pas dans le jugement des familles. Leur ouvrir les yeux sur les dérives du GSM, des écrans.....à un trop jeune âge. les inviter à des conférences sur des sujets éducatifs (cfr Autorité au quotidien de Parents Conscients) mais encore faut-il que les parents, pour qui ces conférences seraient utiles, en soient conscients. Insister sur l’importance de la maîtrise du français des enfants dans les relations. Un plus grand professionnalisme des enseignants/éducateurs bref de toute l’équipe pédagogique

...tout cela amènera également les parents à leur octroyer leur confiance,...ou pas. Cette thèse n’est pas vérifiée par une recherche scientifique, elle est personnelle, fondée sur une hypothèse intuitive, des recherches, des lectures et sur des observations provenant de mon travail de terrain depuis 32 ans. La Directrice

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